... Et plus particulièrement si tu es un habitué de la ligne 12, aux alentours de 8h3o au départ de St-Lazare

     Alors tout d'abord je m'adresse à toi, petit être de sexe féminin qui nous a tous regardé monter dans le wagon, après coup bondé, l'arrière-train royalement étalé sur le strapontin. J'entends alors bruyamment soupirer derrière moi, je me retourne, & c'est encore ta face de petit être que je vois me fixer avec un air abruti & condescendant parce que je t'ai légèrement frôlée. Excuse-moi si tu es restée le cul assis alors que nous autres, gueux, étions serrés comme des sardines en train de faire de l'apnée. Mais pense à remercier ta bonne étoile qui m'a empêchée de te désintégrer sur place grâce à mon méga laser caché dans mon sac à main qui enflamme puis explose tout ce qu'il touche. Non mais !
Puis je me souviens de toi aussi, sombre idiot qui m'a cogné la trombine contre la barre parce que tu voulais être le premier à descendre à la station suivante. N'aie crainte la prochaine fois, avec ta gueule en travaux & ta sueur quand même anormalement forte un beau matin quasi hivernal, personne n'aurait eu l'idée saugrenue de te kidnapper dans le wagon. Mais ne recommence plus jamais ce geste malheureux. Sinon je me verrai dans l'obligation de dégainer ma scie électrique & une bande d'étudiants américains pourrait facilement (ou pas) témoigner que ça fait quand même un peu mal de se faire trancher vivant (oui, j'ai vu Massacre à la tronçonneuse !)
J'ai aussi une pensée pour toi petite connasse qui a jugé utile de nous faire part de ta conversation téléphonique de pucelle à 8h35. Plus jamais tu ne hurleras dans mes oreilles à peine réveillées que M.Bidule est un gros con avec ses interro' surprises (fallait réviser, pauvre cloche) & que ton amoureux tout aussi prépubère que toi n'a pas répondu à ton sms depuis hier soir (tu n'as encore rien vu de l'ingratitude masculine). Parce que la prochaine fois, sache que je n'hésiterai pas à fracasser ton cellulaire contre la vitre avant de te faire avaler chaque morceau de ton appareil, un à un. De gré ou de force.

     Et si l'on ajoute aux regards désespérément désespérants de tous les autres voyageurs, la fatigue & les quelques excès de la veille, j'avoue que j'étais un tout petit peu en train de craquer intérieurement. Grand soulagement quand le métro me dépose enfin saine & sauve à ma station. L'âme d'un yamakasi prend alors possession de mon corps & je zigzague élégamment entre les stupides parigots (oups, pléonasme) & sors. L I B E R T E. Je m'avance d'un pas serein & à la fois déterminé vers les deux portes battantes qui indiquent la sortie. Je les retiens gentiment pour l'homme qui me suit & il me lance un regard noir (que je ne m'explique pas) avant un long & profond "Pffffffffffffffffffffffffffffff" Je m'arrête. Pourquoi t'as fait ça Môsieur ? Pourquoi ?
Sans mon laser & ma scie électrique, il ne me reste que mes bras. Sans vraiment réfléchir, je l'attrape part le col de sa chemise repassée & prête depuis la veille, le pousse en arrière & prends bien soin de lui claquer la porte sur la tronche.
Faut pas pousser mémé dans les orties non plus !
J'ai continué ma route sous une pluie d'injures au loin; j'ai hésité un bref instant pour savoir si j'avais le temps de me retourner & de terminer le travail, mais non. 9h10. Je n'avais plus que cinq ridicules minutes pour choper mon café & fumer ma clope bien méritée. Puis en plus j'étais en talons, pas le temps de marcher pour rien (ça fait mal aux gambettes au bout d'un moment !)

Alors voilà. J'ai craqué.

A toi, vieil idiot que j'ai un peu affiché dans toute la station de métro, je te présente mes excuses. Je sais que tu ne liras jamais ces lignes mais j'y tiens. Je n'aurais pas dû & je le sais. J'ai tenté une expérience ce matin. Mon homme me disait l'autre jour "arrête de t'énerver aussi facilement, essaie d'ignorer les nazes un jour." Ce que j'ai décidé d'appliquer ce matin. Au fond tu n'étais qu'un naze mal élevé parmi d'autre. Mais ça t'aurais arraché la gueule de juste dire Merci

Je reviens demain matin, ami du métro. On oublie & on devient amis ? Allez, on sourit. Je te jure que ça va bien se passer ;-) 

Lectrices, lecteurs, notez que je suis un amour de chou à la crème anglaise. J'ai eu une journée sans, comme dirait l'autre que je ne connais pas. Mais à force, j'admets que le manque de respect, de politesse, commence légèrement à me briser les noix (que je n'ai pas, mais c'est pour l'image voyons !)